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Investir « sans risque » peut coûter cher : comment les bons du Trésor et les CPG se comparent aux actions

Bien que l’attrait actuel des taux élevés « sans risque » soit indéniable, les données montrent que ce n’est pas l’approche la plus lucrative à privilégier à long terme.

Par Matt Dunn
Matt est conseiller en gestion de patrimoine privé et gestionnaire de portefeuille et travaille pour CWB Partneraires en gestion de patrimoine depuis 2016. Il établit des relations avec les clients, conçoit et met en œuvre des déclarations de politique d'investissement, et gère la répartition globale des actifs des portefeuilles des clients pour s'assurer que les buts et objectifs financiers à long terme sont atteints.

Au cours des 18 derniers mois, les taux d’intérêt de référence ont enregistré leur plus forte hausse en 40 ans. C’est la première fois que la plupart d’entre nous observons une augmentation aussi rapide en tant qu’investisseurs. Ce bond a soulevé une foule de questions dont la plus importante est sans doute la suivante :  « Étant donné le taux sans risque des bons du Trésor à court terme et des certificats de placement garanti (CPG), dont l’intérêt annualisé se situe actuellement entre 4 % et 5 %, les investisseurs ne devraient-ils pas liquider leurs placements en actions pour investir dans des équivalents de trésorerie à court terme? »

 

Les investisseurs devraient-ils transférer leur argent dans des stratégies à court terme garanties?

Afin de déterminer les avantages d’une telle stratégie, nous avons examiné les taux de rendement historiques des équivalents de trésorerie et des actions sur 20 ans. Résultat? Bien que l’attrait actuel des taux élevés « sans risque » soit indéniable, les données montrent que ce n’est pas l’approche la plus lucrative à privilégier à long terme1.

 

Figure 1 : Le taux directeur de la Banque du Canada à son niveau le plus élevé en 22 ans

Source : Financière Banque Nationale

 

Notre méthode d’analyse

Nous avons comparé une stratégie sans risque à différentes stratégies d’actions, en nous basant sur un placement de 50 000 $ (montant approximatif des cotisations qu’un couple de classe moyenne verse annuellement dans un REER) effectué chaque année pendant 20 ans. Pour évaluer la pertinence d’un placement en liquidités par rapport à un placement en actions, nous avons examiné les rendements historiques des bons du Trésor et nous sommes partis de l’hypothèse selon laquelle le taux des CPG à 1 an demeurerait proche de son niveau actuel au cours des 20 prochaines années (ce qui est improbable, mais possible).


Pour notre instrument de placement en actions, nous avons choisi l’indice MSCI Monde tous pays (rendement total en $ CA), puisqu’il s’agit d’un indice de référence largement reconnu pour ses actions mondiales diversifiées. Nous avons comparé le rendement de cet indice à celui d’une stratégie de placement dans des bons du Trésor du Canada à 91 jours ou des CPG de 1 an, qui sont renouvelés à leur échéance pendant 20 ans.

Du côté des actions, nous avons analysé quatre scénarios dans le cadre desquels le placement est effectué à différents moments de l’année :

  • Meilleur moment – L’épargnant investit 50 000 $ dans des actions lorsque le marché est à son plus bas niveau chaque année.
  • Placement immédiat – L’épargnant investit annuellement 50 000 $ sur le marché le premier jour de bourse de l’année.
  • Achats périodiques par sommes fixes – L’épargnant divise le montant de son placement annuel de 50 000 $ en 12 montants égaux de 4 167 $ qu’il investit sur le marché le premier jour de bourse de chaque mois pendant 20 années consécutives.
  • Pire moment – L’épargnant malchanceux investit son placement annuel de
    50 000 $ lorsque le marché est à son plus haut niveau chaque année.

Soulignons qu’il est impossible de reproduire les scénarios Meilleur moment et Pire moment sur 20 années consécutives, car ils requièrent un niveau de chance dont la probabilité est, statistiquement, presque nulle. En revanche, les scénarios Placement immédiat et Achats périodiques par sommes fixes sont faciles à réaliser, car ils n’exigent ni analyse ni hypothèse – seulement un engagement de la part de l’investisseur. N’importe qui peut choisir de reproduire l’un ou l’autre de ces scénarios.

 

Pour ce qui est de la stratégie de placement sans risque dans les bons du Trésor et les CPG, nous avons considéré deux scénarios :

  • Taux historiques des bons du Trésor – Nous avons examiné les taux des bons du Trésor du Canada à 91 jours au cours des 20 dernières années et calculé quel serait le niveau de l’actif à la fin de la période pour un investisseur qui aurait investi 50 000 $ dans des bons du Trésor le premier jour de chaque année et renouvelé son placement tous les 91 jours au nouveau taux.

  • Taux élevés permanents des CPG – Nous avons supposé que le taux des CPG à 1 an demeurerait à un niveau annualisé de 4 % pendant les 20 prochaines années, que l’investisseur investirait 50 000 $ chaque année et qu’il renouvellerait son placement le premier jour de la nouvelle année.

Même si le scénario d’un taux constant à 4 % nous semblait peu probable, notre but était d’évaluer le rendement d’un placement en actions dans un contexte de hausse des taux d’intérêt. Cela marque une rupture par rapport à ce que les investisseurs ont connu au cours des 20 dernières années.

Après avoir défini ces deux scénarios, nous avons procédé à une comparaison dont les résultats sont illustrés à la figure 2.

 

Les résultats obtenus

Figure 2 : Les actions surclassent les liquidités dans tous les scénarios

Les actions surclassent les liquidités dans tous les scénarios

Source : CWB Partenaires en gestion de patrimoine (d’après les données de Bloomberg).

La figure 2 montre que l’actif généré sur 20 ans par le placement en actions est beaucoup plus élevé à la fin de la période que celui produit par les stratégies sans risque des bons du Trésor et des CPG. L’indice de référence d’actions mondiales aurait enregistré un rendement de 43 % à 78 % supérieur à celui de la stratégie des CPG à taux constant de 4 %. Même l’investisseur en actions le plus malchanceux aurait vu son actif augmenter presque deux fois plus que celui d’un investisseur qui aurait privilégié les bons du Trésor au cours des 20 dernières années.

D’autres constats s’imposent.

Premièrement, les stratégies d’actions les plus réalistes (et faciles à reproduire) (Placement immédiat et Achats périodiques par sommes fixes) ont donné des résultats analogues : l’actif généré est de 2,4 à 2,5 fois supérieur au capital investi. Deuxièmement, le rendement de la stratégie de placement dans les bons du Trésor, ou les CPG, serait entièrement constitué de revenu d’intérêt ordinaire, qui est imposable à votre taux marginal de l’année où il est gagné, tandis que le rendement des placements indiciels en actions serait constitué d’une part importante de gains en capital (reportés), qui sont imposables à la moitié de votre taux marginal lorsque gagnés. L’écart entre les rendements après impôt pourrait donc être encore plus grand pour un compte de placement imposable.

Même si les taux d’intérêt actuels sont attrayants sur le plan historique, le coût de renonciation réel que les investisseurs assumeront pour éviter la volatilité des actions pourrait être beaucoup plus élevé qu’ils le pensent. Notre analyse montre en effet que les investisseurs ayant un horizon de placement à moyen ou long terme auraient tout intérêt à suivre rigoureusement une stratégie d’actions et à laisser leur placement fructifier sur les marchés boursiers. Autrement dit, investir « sans risque » peut coûter cher.

Sources : Bloomberg et Financière Banque Nationale.

 

Même si les équivalents de trésorerie (comme les CPG) ne constituent pas une stratégie de placement idéale à moyen ou à long terme, ils peuvent être utiles pour les liquidités dont l'horizon de placement est défini à court terme et dont la date d'utilisation est connue. Comme le montrent les données, ils ne remplacent pas les investissements basés sur le marché dans un portefeuille à moyen ou long terme.

 

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